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Poèmes récents

Poèmes et chansons

Les poèmes présentés ici sont regroupés en fonction des thèmes et ouvrages précédents ou nouveaux auxquels ils se rattachent.

CHANSONS GRISES


                LA VIE EN CREUX

Notre vie est aussi tout ce qu’on n’a pas fait,
la femme un soir offerte et qu’on n’a pas aimée,
un rêve inachevé, un bonheur imparfait,
une faute oubliée ou jamais assumée,
une larme de joie essuyée à l’instant
qui s’assèche bientôt en un triste sourire,
un élan inouï que l’on retient pourtant
par crainte d’y laisser son cœur et même pire ;
pressé que l’on était de se lever matin,
cette page d’amour que l’on n’a pas écrite
qui traîne encore en nous comme un écho lointain
mais dont le souvenir trop souvent nous irrite.

Ces chemins entamés que l’on n’a pas suivis,
ces mots inachevés d’une voix hésitante,
ces projets délaissés, perdus, inaboutis,
un instant caressés et laissés en attente ;
cette amitié tendue et payée en mépris,
ces rêves d’avenir conjugués au passé…
Ce père mal aimé qu’on n’avait pas compris
et qu’on regrette enfin, les conflits dépassés,
ce troisième larron, cet homme omniprésent,
cet éternel absent dont on n’a pas de trace,
jamais sur les photos car c’est lui qui les prend
et dont le souvenir au fil du temps s’efface…

Ce qu’on n’a pas vécu, ceux qu’on n’a pas aimés,
nos quelques lâchetés et nos quelques forfaits,
tout ce qu’on n’a pas dit ni même murmuré,
notre vie est aussi tout ce qu’on n’a pas fait…



DUO DES RETROUVAILLES


(lui)     J’ai retrouvé la ruelle sombre
           où chaque soir je t’enlaçais,
           cherché ton souvenir dans l’ombre…
           l’ombre m’a dit que tu m’aimais.
(elle)   Je suis allée à la rivière
           au vieux chemin où tu rêvais,
           où l’eau chantait sur chaque pierre…
           et l’eau m’a dit que tu m’aimais.

(duo)   C’était au temps des grands fous-rire
          des sans-soucis et des mots doux,
          tendres baisers, petits soupirs,
          des qui perd-gagne et risque-tout.  
          C’était au temps des nos jeunesses
           au temps béni des rendez-vous,
           au temps heureux de nos ivresses
           où nous ne vivions que pour nous…

(lui)    J’ai gravi la verte colline,
           senti les fleurs que tu cueillais,
           humé le buisson d’églantine…
           l’odeur m’a dit que tu m’aimais.
(elle)  J’ai guetté la tendre colombe
           qui se taisait quand tu passais
           dans le petit bois aux palombes…
           l’oiseau m’a dit que tu m’aimais.

(duo)  C’était au temps des grands fous-rire…

(lui)    J’ai longtemps marché dans la plaine,
           coupé les champs, longé les haies,
           et j’ai couru à perdre haleine…
           le vent m’a dit que tu m’aimais.
(elle) J’ai retrouvé le banc de pierre
          où tu m’embrassais dans le cou
          et tu osais, la belle affaire,
          poser ta main sur mon genou…

(duo)   C’était au temps des grands fous-rire…

(lui)    Pourquoi faut-il que tout s’en aille
           au fil des jours, au fil des ans
           et qu’il ne reste rien qui vaille
           du temps heureux de nos vingt ans ?
(elle)   Mais si, vois-tu, je t’aime encore
           d’amour profond comme autrefois,
           tu troubles mes nuits, mes aurores
           rien que par le son de ta voix !

(duo)   C’est comme au temps des grands fous-rire
          des sans-soucis et des mots doux,
           tendres baisers, petits soupirs,
          des qui perd-gagne et risque-tout.  
           C’est comme au temps de nos jeunesses,
           au temps béni des rendez-vous :
           il nous restera la tendresse
           et nous ne vivrons que pour nous










AINSI PASSE LE TEMPS


Vous avez eu Madame
bien trop le blues à l’âme
et trop d’emmerdements…
La vie est ainsi faite,
de victoire en défaite,
ainsi passe le temps.

Petite, vous rêviez
d’être une grande dame
comme votre maman.
Fallait que vous sachiez
que l’on ne vit sans drame
jamais bien très longtemps.
Puis vous avez connu
les affres d’une flamme
comme votre maman,
joué les impromptus
de l’amour et des larmes
et su tous les tourments.  

Vous avez eu Madame
bien trop le blues à l’âme
et trop d’emmerdements…
La vie est ainsi faite,
de victoire en défaite,
ainsi passe le temps.

Puis travaillé pour vivre
(Arbeit macht…vous libère),
fait trois ou quatre enfants…
Le bonheur d’être mère
quand la fatigue enivre
n’est plus qu’un supplément !
Quand passent les années
bientôt la solitude
pèse sur vos épaules  
et sans vous étonner
devient une habitude…
faut assumer son rôle !

Vous avez eu Madame
bien trop le blues à l’âme
et trop d’emmerdements…
La vie est ainsi faite,
de victoire en défaite,
ainsi passe le temps.

Les enfants sont partis
aux quatre coins du monde
au gré des quatre vents ;
en avaient-ils envie ?
la vie est vagabonde
et vous trompe souvent.
Seule dans votre chambre
vous ressassez pourtant
et par procuration
de janvier à décembre
vos souvenirs d’antan
à la télévision…

Vous avez eu Madame
bien trop le blues à l’âme
et trop d’emmerdements…
La vie est ainsi faite,
de victoire en défaite,
ainsi passe le temps.

Un jour le chat est mort,
un autre le poisson
rouge dans son bocal
nage le ventre en l’air
agité de frissons…
tout ça n’est pas normal !
Tout se complique encore :
la pile des revues
sur le haut de l’armoire
s’écroule à l’imprévu,
on a peine à y croire,
tout ça finira mal !

Vous aviez eu Madame
bien trop de bleus à l’âme
et trop d’emmerdements…
La vie ainsi s’achève,
la vie est bien trop brève,
ainsi passe le temps !

LITANIES PAÏENNES


      TOUT M’EST VENU DE TOI

Tout m’est venu de toi, mes craintes, mes silences,
le chant de la rivière et le vol des oiseaux,
tous les bruits de la ville et toute l’indécence
de mes rêves d’amour, la courbe des roseaux…
et mon pas dans ton pas en sourdine résonne
au bout de ma mémoire et puisque je te dois
ce trouble étourdissant dont toujours je m’étonne…
tout au fond de mes nuits sans fin je pense à toi !

Tout m’est venu de toi, le parfum de la rose,
le gravier du chemin qui crissait sous tes pas
et le temps immuable et ses métamorphoses,
les lieux où tu étais, ceux où tu n’étais pas :
et ce souffle gonflant ma voile solitaire
et ces calmes soudains qui figeaient mon élan,
ces instants de repos où l’on n’a rien à faire
et ces instants de joie où l’on est plein d’allant.

Tout m’est venu de toi, l’odeur des feuilles mortes,
le secret des sentiers, la fraîcheur des sous-bois
et ce désir de toi qui si souvent m’emporte
vers ces pays de rêve où je rêve de toi !
et l’ombre de ton corps qui partout m’accompagne
quand l’absence toujours me contraint d’espérer,
aux instants douloureux où le doute me gagne
que bientôt dans mes bras je pourrai te serrer.


                  DEMAIN

Demain, ce lieu magique où se blottit l’espoir
et se terre la peur,  où trainent les errances,
où l’ignorance feint d’atteindre le savoir,
la crudité du jour de nier les apparences.

Demain, ce fleuve noir, ce lac, cet océan
où la lumière nage à l’unisson de l’ombre,
cet univers du vague ouvert sur le néant
où s’entassent sans fin nos devenirs sans nombre.

Demain, ce port rêvé d’intrépides marins
où des filles enfin réjouiront leurs escales,
la tempête assoupie au creux d’un ciel serein,
les soucis pour un temps jetés à fond de cale.

Demain, cet horizon de nos révolutions,
ce jour annonciateur d’un avenir qui chante
où la main dans la main, emportés d’émotions
nous voudrons célébrer l’universelle entente.

Demain, cet autre jour que nous n’atteindrons pas
lorsque le temps venu d’épouser la camarde,
lassés, sevrés d’amour, résignés au trépas
en regrettant la vie…
 … on baissera la garde !

    


            ECOUTE !

Ecoute ! le printemps explose sous les feuilles,
l’alarme créatrice éveille cent retours,
chaque vierge déjà espère qu’on la cueille…
pourtant la mort sans bruit peaufine son retour.

Ecoute ! de la mer monte un rythme de danse,
sur la plage l’enfant, bâtisseur d’avenir,
échafaude sans fin des rêves sans défense
qu’effacera le flot du cours des souvenirs.

Ecoute ! au gré du vent la chanson monotone
d'un amour vieillissant semble sonner le glas
mais du temps qui s’enfuit personne ne s’étonne
quand l’automne pourtant pour tous est déjà là.

Ecoute ! le silence a envahi la terre…
seul un battement d’aile ose troubler parfois
l’immobilité froide où le désir s’enferre
au souvenir figé des tiédeurs d’autrefois.

Ecoute ! l’eau du ciel rebondit sur la pierre
et tes amis s’en vont en retenant leur pas
quand le prêtre marmonne en ultime prière
un message d’espoir que tu ne n’entendras pas !  


      QUELLE EST CETTE MUSIQUE ?

Quelle est cette musique au long de la rivière ?
la chanson d’une ondine ou le murmure de l’eau
dans le for du courant qui saute sur les pierres
ou le vent capricieux sifflant dans les roseaux ?

Quelle est cette musique au détour de la rue ?
l’orgue de Barberi qu’un aveugle parfois
vient pousser, moulinant sa rengaine incongrue
ou le vent capricieux s’infiltrant sous les toits ?

Quelle est cette musique montant de la plaine
et qu’un nuage étrange accompagne en décor ?
le bruit de mille pas qui au tambour s’enchaîne
ou le vent capricieux annonciateur de mort ?

Quelle est cette musique envahissant la place ?
un concert impromptu, un bal, un orphéon,
une impudique invite au  couple qui s’enlace
ou le vent capricieux réveillant des démons ?

Quelle est cette musique au fond de ma poitrine,
ce trop sourd battement au rythme lancinant,
ce lent martèlement dont je crains et devine
que le vent capricieux s’essouffle lentement…

SEQUENCES MARSEILLAISES


               FAUT SAVOIR…

C’était au temps lointain qu’on m’appelait « la Blonde »,
que je serrais la fesse en marchant sur des œufs,
que les bobos friqués me trouvaient bien gironde,
que ma température inquiétait ces messieurs…
Je m’asseyais bien haut au bar de la rue Sainte,
buvant un spaggiari j’attendais le gogo,
les jours de plein emploi je tentais une absinthe,
jamais deux ! faut savoir y aller bien mollo !

Au bar les habitués me saluaient au passage,
parfois un cœur en berne ou une fille en pleurs
me prenait à témoin d’un tragique naufrage
car l’amour ici bas ne vit pas que de fleurs…
J’avais bon an mal an quelques clients fidèles,
parfois un col-de-zinc, un hussard de la B.A.C.,
souvent de l’étranger pour varier mon panel,
avec ça, faut savoir parler du tac au tac !

Souvent l’après-midi j’allais jouer aux courses.
J’aimais bien le Prado, on y voit Cul-vers-Mer,
mais c’est à Pont-d’Vivaux que j’remplissais ma bourse,
Jeannot, ses pronostics, j’aurais pu m’mettre au vert !
Hélas ! pour moi, l’argent, voilà, faut qu’ça circule,
ça n’sert à rien d’planter, ça ne poussera pas…
d’un bistro à un autre alors on déambule,
les copains, faut savoir, on en a plein comme ça

C’est pourquoi chaque soir fallait bien se refaire,
reprendre le chemin du bar et remonter
en haut du tabouret, haut lieu de mes affaires,
pour pêcher le client on n’a pas mieux trouvé.
A ces jeux, j’ai gagné beaucoup de pseudonymes…
qu’importe, j’ai toujours répondu à l’appel :
Josette à Castellane, au Pharo Caroline,
attendez, faut savoir, mon vrai nom c’est Marcel.


            AHMED ET ANTONIO

En France, maintenant, on ne coup’plus les têtes…
C’était bien sûr, dit-on, des mœurs d’un autre temps !
Alors on se descend entre amis et c’est bête,
la mort y trouvera quand même son content !
Cent fois sur les écrans on peut jouer les héros,
rejouer la même scène et flinguer à tout va :
la partie est finie, on repart à zéro !
Simplement dans la vie on ne s’en remet pas !

Ahmed a retrouvé Antonio aux Baumettes.
Jadis amis d’enfance, ils ne se voyaient plus !
Désormais en commun ils ont mêmes toilettes :
les rancœurs de Bassens on s’en torche le cul !
Car Ahmed un beau soir avait tué sa frangine :
la belle Aïcha aimait trop l’Italien !
C’était faute d’honneur, alors on assassine
celle qui a fauté dans les bras d’un chrétien !

Antonio pour sa part avait fait quelques casses,
volé quelques autos, joué les monte en l’air
et flingué un donneur dans le bistro d’en face…
On veut gagner sa vie, c’est ainsi qu’on la perd !
Maintenant chaque nuit, tour à tour homme ou femme,
Ahmed et Antonio, pour conjurer le sort,
conjuguent à tout va leurs rancunes infâmes
en des élans de vie et des relents de mort.

Mais un jour l’Italien lui cassera la tête
à ce putain d’Arabe et qui vivra verra
et le bel Antonio en prendra pour perpète
mais il s’en fout ! déjà, il sait qu’il se pendra !
Les rappeurs en feront une chanson de geste
à coups de décibels et que l’on entendra
à travers les quartiers, les cités et le reste
d’Endoume à Frais-Vallon, l’Estaque et cetera !



            RUE DU CHAPEAU

Dans la rue du Chapeau le bourgeois s’encanaille…
Si la première fois il y vint par hasard –
ce qui m’étonnerait – bientôt vaille que vaille
il revient dare-dare y prendre son panard !

C’est une rue étroite où sur le pas des portes
jupe courte et fendue on guette le client,
qu’en des termes choisis à monter on l’exhorte,
que pour le décider on use d’expédients…

Entre deux spécimens, si le bonhomme hésite,
une main tout à coup s’empare du chapeau…
à venir le chercher à l’étage on l’invite :
« Tu y découvriras la douceur de ma peau ! »

Facile à deviner ce qui se passe ensuite,
depuis Adam et Eve on n’a rien inventé ;
il faut bien y aller, c’est trop tard pour la fuite,
on connaît la chanson, on doit s’exécuter !

Là-haut, le mobilier est bien rudimentaire :
un lit, bien sûr, voilà, je n’en dirai pas plus…
puisqu’on on n’est pas venu pour discuter affaire :
mais pour la bagatelle, et le plaisir en plus !
…………………………………………………
Plus tard, tout essoufflé, la tête ébouriffée,
il reprend son chapeau, enfile son veston,
s’acquitte du montant des amours tarifées,
corrige prudemment un pli au pantalon …

A l’avenir, pourtant, alors qu'il se promène,
désormais affranchi, s’il passe derechef
c’est tenu à la main de peur qu'on l'y reprenne
qu’à la dame choisie il tend son couvre-chef.


     MELANCOLIE POSTALE *

Le courrier à Marseille était aléatoire,
il s’en volait parfois, il s’en perdait souvent…
pour vous le délivrer c'était toute une histoire
et quelques commentaires lancés au gré du vent !

Tel facteur chevelu avait dans sa jeunesse
rêvé d’être chanteur connu à l’Alcazar…
lors il vocalisait longtemps avant l’adresse :
Dame Co, Dame Bar, Madame Cocobar !

Ainsi il déclinait au fil de sa sacoche  
tous les noms du quartier d’une voix de stentor,
commentant de surcroît sans peur d’une anicroche
tout ce que présageait l’aspect de ses trésors.

Un message d’amour fleurant la violette
envoyé de Toulouse à la belle Manon !
Une grosse facture à cause des emplettes
qui mèneront un jour Tonin au cabanon !

Eh ! bonjour, jeune fille !  une amie arlésienne
vous envoie cette carte avec les Alyscamps…
Belle photo ! Bien sûr, elle est un peu ancienne,
aussi a-t-elle fini par virer noir et blanc !

Allons, ma bonne dame, on vous sent impatiente !
Aujourd’hui le journal est encore en retard…
En voici trois d’un coup pour prix de votre attente,
les morts sont toujours morts, personne n’en repart !


Mais le temps a passé, adieu la mobylette,
la marche, le vélo, désormais le facteur
traverse le quartier dans une fourgonnette,
s’arrête en double file et file à trente à l’heure !

* Lecteur, pardonnez-moi, je n’ai pas pu résister au calembour !


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